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TV7

by Karim Samaali on Friday, September 18, 2009 at 7:53am

Après ce mois de Ramadan 2009 inoubliable par sa programmation faible et l’improvisation caractérielle de ses émissions… programmées, déprogrammées sans préavis ou explication et en toute méprise des payeurs d’impôt, une analyse s’impose avec le calame nécessaire. Cette chakchouka indigeste a aussi et surtout touché les spots publicitaires dont on a vu certains se répéter en boucle et souvent les séquences étaient tronquées. On dirait qu’on forçait le remplissage une plage «horaire» en secondes…avec n’importe quoi… peu importe la logique du message et le séquencement des images. Ça me rappelle un sketch de Ghawar Ettouchi qui vendait les livres d’histoire et de géographie au Kg avec une balance/bascule d’épicier…retranchant certaines pages ou chapitres à l’aveuglette pour satisfaire le poids des connaissances en kg demandées par le client. Les adultes de ma génération se rappellent peut-être de cette séquence fortement symbolique sur l’état du savoir et de la valeur des connaissances dans notre culture en dégénérescence.
Dans les TV dignes de ce nom, avec ou sans speakerine, on annonce aux téléspectateurs des pauses publicitaire qui ne dépasse pas les 3 min au grand max chaque heure ou demi-heure. Et on parle ici de TV privées dont le budget est constitué de 60 à 70% de leur recette publicitaire. Pour le téléspectateur aphasique, avachi sur son sofa ou Lazyboy c’est sa séance de programmation ou conditionnement pavlovien dans une société occidentale où la consommation est une thérapie de bonheur et une raison d’être. La devise étant : « je dépense donc je suis».
Pour le téléspectateur averti, c’est l’occasion d’aller faire une pause santé correspondant à la pause publicitaire ou autre occupation ménagère. Fuir le lavage de cerveau médiatico-commercial.
Pour le contenu et surtout en Europe (moins en Amérique du Nord ou la pub est directe et agressive) on s’adresse à l’intelligence du récepteur de la communication même s’il s’agit de produits bref de commerce. La pub est un art et le publicitaire doit être un as de la communication. Comme œuvre artistique la pub est basée sur les subtilités linguistiques, sur la capacité expressive de l’image, et sur une connaissance et respect du consommateur cible et de ses besoins. Je me rappelle, déjà môme, regardant la publicité de la RAI UNO avec sublimation…les couleurs… la voix… la légèreté de la présentation. D’ailleurs aujourd’hui à 40 ans je n’achète que des pattes de la marque Barilla tellement la pub que j’ai vue il y a 30 ans m’a marqué. Faits par des artistes et des communicateurs de premier rang, la publicité est un délice pour l’œil et l’oreille peut importe si tu aimes le produit par la suite ou pas, car les publicitaires compétents savent qu’ils sont des vendeurs de rêves, de sublimations du réel…le produit n’est qu’un prétexte.
Voyons maintenant dans notre court, de notre côté, dans le pays du merguez (inspiré du film français : Mr Rodriguez au pays du merguez tourné à La Marsa, ma ville natale) peut-on dresser un portrait équivalant ou parallèle?
Du point de vu contenu, l’imagination est quasiment absente… du copier-coller des publicités européennes, mais copies d’une qualité médiocre. Même les stars du show-business qui prêtent leur voix ou leurs visages se ridiculisent avec ces pubs nulles…mais on peut les excuser pour ce métier à temps perdu qui constitue un gagne-pain alternatif. Il faudrait bien faire face à la misère des revenus de la production culturelle. Le citoyen qui n’a du pouvoir que son pouvoir d’achat préfère la confiture à la culture. Il préfère une livre (poids) de la moitié Rass Allouche Mousli mangé sur le trottoir d’une gargote de la goulette à un livre (bouquin) qui élève sa culture (voir notre papier sur l’analphabétisme autodidacte).
Nos publicitaires à côté d’être des maîtres artisans, du plagia en plein jour, ils sont des Ass de la communication (et il n y a pas d’erreur de typo). Ce contenu médiocre est-il seulement la résultante d’une incompétence flagrante ou est-ce le signe d’une intelligence extrême? Pour un consommateur con… seul, une publicité à la con peut vendre plus. Car l’objectif ultime du publicitaire c’est de faire vendre le plus possible son produit. Remarquer justement que la quasi totalité des publicitaires n’associent pas leurs noms à leurs «œuvres». Le comble de la comédie tragique c’est que les entrepreneurs payeurs interviennent avec leur non-goût artistique pour imposer leur figures ou celle de leur progéniture, question d’économiser des coûts de professionnels et de tenter la chance de se rendre ou rendre leur enfants des stars de la TV… avoir leurs 30 secondes de gloire comme disait l’autre.
Dans tout ce manège qui régule cette production indigeste c’est seulement les chiffres qui comptent…combien coûte la diffusion… combien elle rapporte en terme de croissance de chiffre d’affaires. Le proverbe américain dit: «When money talks…boolshit walks» en traduction libre ca donne: « quand l’argent parlent… la parlotte s’esquive». Le souci de l’esthétique et du travail bien fait passe en 4ème rang le respect du citoyen qui donne de son temps, donc de sa vie, pour regarder ces insipidités n’a aucune valeur.
Pour le format, ce ramadan 2009 maquerait à jamais la transformation de la TV que nous avons toujours cru publique en une télévision anachronique en dehors de son temps voire son espace culturel. Il ne s’agit plus de pauses publicitaires il s’agit bel et bien de ménopause. Des longueurs à faire monter les deux noix dans la gorge. Laideur et nivellement vers le bas, les supposés maîtres de la communication devront retourner à l’école apprendre les bases du marketing intelligent, du marketing réussi. Le comble est que le peuple qui vit pour son ventre durant tout le mois et consomme comme s’ils vivaient dans la famine les onze mois précédents continue à affluer vers les grandes et petites surfaces pour acheter…et quoi acheter… c’est qu’il a vu à la publicité…,si ça passe à la TV ça doit être bon. Ça vous rappelle pas quelque chose… votre cours de sciences naturelles sur les expériences de Pavlov avec ses chiens… toutes les techniques publicitaires ont le même objectif : nous conditionner pour acheter selon les images imprégnés par la pub et les messages subliminaux qui collent dans l’inconscient. Au même titre que le chiens de Pavlov salivait au simple fait de la cloche ou de la lumière clignotante nous consommateurs salivons et achetons selon le conditionnement de la pub. La boucle est donc bouclée entre le ridicule des propriétaires, l’aliénation des publicitaires et l’avidité et ignorance symptomatique des consommateurs.
14 min de publicité non-stop entrecoupant une série TV… 14 minutes de matraquage … 14 min de n’importe quoi… un temps qui devient une éternité…un temps mort qui tue…si tout le monde à lu le roman 11 minutes de Paolo Coelho… ils feront des choses plus agréables de leur vie que de se faire rabougrir l’esprit et perdre du temps précieux de leur vie. L’équivalent du mot ménopause traduit de arabe mot à mot devient « l’âge du désespoir» je crois que c’est là où nous somme rendus avec notre TV publique qui ne fait que mépriser sont public en devenant une épicerie, charcuterie, boucherie, fromagerie, yogourterie, friperie…et personne ne rit.
La France « el Akri» a décidé que ces télévisions publiques ne doivent plus passer de la publicité au bénéfice du secteur privé pour garder une certaine cohérence entre la mission qu’une TV publique se donne et sa programmation. Et comme nous suivons toujours la France et en tout : du code du droit civil de Napoléon de 1885, à la structure de l’état jusqu’à la mode des vêtements, mais toujours avec un certain décalage temporel et une adaptation (comme l’histoire d’Eddimou de Tawfik Jbali) gardons espoir qu’il y aura quelqu’un… quelque part qui va nous rendre notre TV kidnappé par les publicitaires et les vendeurs des produits à cinq sous (Boudourou). D’ici là et comme la lecture est la nourriture de l’âme je crois que le cahier de charge pour les publicitaires doit contenir une lecture obligatoire du livre d’Albert Memmi « le Portrait du Colonisé» car 50 ans plus tard…il faut bien se faire de nouvelles noix et compter sur soi et laisser les vrais professionnels travailler… y en a vraiment marre.

 Écrit à Montréal le 17 sept 2009
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